La Biennale, une plongée dans de nouveaux territoires

« A travers cette biennale, le piano passe d’un instrument « solitaire » à un outil de citoyenneté. Le collectif brise l’isolement et favorise l’inclusion. C’est ce qu’on a pu observer lors des concerts proposés par la biennale chaque soir. Il y avait des groupes composés de tout âge et de tout niveau mélangé. J’ai eu l’impression que chacun a su trouver sa place et avoir son rôle. Les concepts d’improvisation et de création ont été la clé pour rendre cela possible » écrit un étudiant de la Haute École de Musique Genève-Neuchâtel, de retour de la Biennale 2026.

Une petite quinzaine de pianistes et d’organistes, étudiant.es en master de pédagogie, ont activement pris part à la Biennale 2026. Ils se sont faits… pianistes et organistes concertistes, ouvrant le bal biennal avec l’orgue à 4 mains – à quand la Biennale des claviers collectifs ?, participants aux ateliers, auditeurs des conférences, ou animateurs de jeux lors du Brunch du dimanche matin. Dans leur rapport de voyage d’études, toutes et tous ont eu des mots forts, témoignant de l’intensité de leur rencontre avec un piano collectif, partagé, inventé… un piano bien vivant en tous cas ! Pour la plupart, ces 4 jours ont bouleversé leur regard pédagogique. Leurs écrits sont éloquents… je m’efface…

«  Le témoignage de la sociologue et l’anecdote de Fabien C. m’ont fait comprendre que le conservatoire, pour certains élèves, est bien plus qu’un lieu d’apprentissage musical : c’est un havre de paix, un lieu d’humanité. On ne transmet pas que des notes. »

« Je garde une image visuelle et émotionnelle assez forte d’un des groupes d’enfants qui jouaient ensemble en créant leur propre « oeuvre » improvisée lors d’un des concerts á St. Denis. Après avoir fait une balade et rencontré des habitants de St. Denis, le fait de voir tous ces enfants de différentes maisons créer quelque chose ensemble, avec tant de passion et de joie, m’a beaucoup émue. C’est cela la force du groupe. Dans chaque groupe, même dans les relations entre les personnes – ce qui est créé ensemble devient une nouvelle entité, séparée des individus qui le composent. »

« J’ai observé les élèves de Saint-Denis, leur engagement et leur motivation. Ils ont présenté leur travail sous forme de « match» entre pianos, avec de l’improvisation, dans une ambiance joyeuse. Cela m’a touchée de voir tant d’énergie et de plaisir dans un cadre d’apprentissage. »

La biennale, une petite dissonance cognitive…et pédagogique

Pour les étudiant.es, ce fut la petite dissonance cognitive qui fait évoluer l’identité professionnelle, voire artistique, jusqu’à opérer une véritable révolution. Beaucoup ont saisi lors de la biennale que le professeur de piano n’enseigne pas qu’un répertoire et les moyens de le réaliser, fût-il élargi aux pièces à 4 mains. Son rôle prend une nouvelle dimension : « Transformer l’apprentissage en un espace de partage plutôt qu’en un « luxe » individuel. (..) l’instrumentiste n’est plus seulement un interprète solitaire, mais un acteur social. J’ai pris conscience que l’enseignement et la pratique collective du piano sont de puissants leviers d’inclusion et de mixité. Mon identité professionnelle intègre désormais la volonté de rendre la musique accessible, en dépassant le cadre « élitiste » traditionnel pour en faire un espace de partage. »

La biennale est de ce fait l’occasion de faire un travail sur soi-même. «Ma compréhension de la figure du « leader » s’est transformée. Dans un cours collectif, l’enseignant a certes besoin de leadership, mais celui-ci ne devrait pas se réduire à un exercice de contrôle fort ou à une succession d’injonctions. Il devrait davantage se manifester par une conscience du cadre, une capacité d’observation, un sens de l’organisation et une grande sensibilité aux réactions des élèves. En d’autres termes, l’enseignant est à la fois guide et facilitateur (…) Cette image plus souple et plus relationnelle de l’enseignant me paraît aujourd’hui beaucoup plus proche des réalités éducatives contemporaines que la représentation plus linéaire que j’avais auparavant ». « Ainsi, cette expérience a marqué un tournant dans mon identité professionnelle : d’une conception plutôt individualiste de l’apprentissage de l’orgue, je suis passé à une vision plus collaborative, ouverte et centrée sur l’interaction musicale comme moteur essentiel du développement artistique et pédagogique ».

« J’étais conscient de mes fragilités, notamment concernant ma timidité et ma maîtrise de la langue française, mais j’ai fait beaucoup d’efforts pour les surmonter. Le fait de pouvoir m’exprimer et d’être accepté par le groupe m’a prouvé que j’étais capable de m’adapter à des situations nouvelles. (..) Les valeurs de partage, de respect et d’inclusion que j’ai vécues sont maintenant des repères importants pour moi ».

La Biennale, une sortie du cocon ?

« Comme je suis de nature assez réservée, j’ai parfois du mal à m’ouvrir rapidement aux gens que je ne connais pas. Mais cette expérience m’a permis de dépasser mes craintes, de gagner en assurance et d’oser davantage, que ce soit comme musicien ou comme futur professeur ».

Le piano souvent offre un paravent, c’est un instrument lourd et fixe dont la stabilité apporte de l’ancrage au pianiste soliste. Mais quand on le joue à plusieurs, tout se met à tourner ! Il faut alors se sentir suffisamment bien dans ses bottes, bien dans ses doigts, pour se présenter, le jouer, l’ enseigner. Le pianiste alors coupe son cordon invisible : il n’est plus fixé, assis durant 45 minutes. Les pianistes se mettent en mouvement et butinent autour du piano, en déplacent le point de référence, au point qu’une étudiante conclut : « l’enseignement collectif n’est pas seulement une question de répertoire ou de dispositif. C’est une posture »

Et la formatrice de formateurs que je suis ? Au-delà du shoot d’énergie collective qui redonne la foi, ces 4 jours furent l’occasion de nouer des contacts avec mes collègues des pôles Sup’ concernant la médiation et l’ingénieurie de formation. Ces contacts restent à aboutir pour créer de nouvelles collaborations, un réseau de formateurs. Pour l’heure, ces discussions vérifient ce qu’une étudiante formule ainsi : « Gérer la comparaison, connaître mes compétences et mes limites en regardant les autres, apprendre de mes collègues : faire partie d’un groupe est une force ».

Marie Golfier

Haute Ecole de Musique de Genève/Neuchâtel

marie.golfier@hesge.ch

Embraquer : émission Metaclassique

Depuis une quinzaine d’années, des pianos sont installés dans les gares.

On peut y entendre des pianistes confirmés faire des concerts impromptus en attendant leur train. On peut aussi entendre des pianistes débutants jouer en boucle la musique que Yann Tiersen a composé pour Amélie Poulain.

Et puis, il y a des pianistes qui ne sont pas débutants, qui sont même très virtuoses, mais qui n’ont pas encore été dans les conservatoires.

En complicité avec la Biennale du piano collectif, Metaclassique est allé à la rencontre de quatre pianistes qui ont commencé à faire de la musique en autodidacte pour ne se présenter au conservatoire qu’après avoir acquis un grand niveau technique et un intérêt prononcé pour Chopin, Liszt et Beethoven.

Leurs témoignages seront commentés par le pédagogue du piano Paul Hoguet et le neuropsychologue Hervé Glasel.

Un documentaire qui commence à la Gare de Marseille, avec Benoît Le Gall au piano et quelques auditeurs attroupés qui racontent leur histoire avec le piano et avec la musique.

Un documentaire conçu et manoeuvré par David Christoffel.

Retrouvez le podcast : https://metaclassique.com/366-embraquer/

Conférence : L’entre-sons, virtuosités des mondes

Cette conférence se présente comme un voyage entre les deux thématiques de la Biennale : aux réflexions sur l’écoute du monde répondront celles sur la virtuosité collective. Mais les mots ne seront pas seuls : en écho se joueront des créations pianistiques originales. Un moment artistique accessible à tous, à partager pour aiguiser sa curiosité…

Avec Michaël Andrieu, musicologue, professeur au conservatoire de Fontenay-sous-Bois, et la participation musicale des pianistes des conservatoires partenaires.

Conférence : Piano collectif et sociologie

Suite à une analyse croisée des parcours d’élèves et des pratiques enseignantes dans la classe de piano du conservatoire de Saint-Denis, cette conférence interroge les dynamiques de socialisation et les effets des enseignements collectifs, ainsi que les relations réciproques entre le conservatoire et les élèves qui y évoluent dans un contexte de démocratisation.

Avec Emie Michel, étudiante en sociologie, Université Lumière Lyon 2. En partenariat avec la direction des études locales de la ville de Saint-Denis.

Mémoire de Master d’Emie Michel :

Journal de la Biennale – Numéro 10

Concert participatif : Rythmique démocratique

Dans le cadre de leur module d’éducation artistique et culturelle, trois étudiants pianistes à l’École Supérieure de Musique et Danse de Lille ; Fabio Le Gratiet, Denis Fung et Jérémie Bibler ; ont conçu et présenté un concert participatif lors de l’édition 2026 de la Biennale du Piano Collectif, le 31 janvier dernier. Voici quelques éléments de bilan de cette aventure.

Il arrive parfois d’entendre qualifier un musicien de « virtuose » avec une admiration teintée de distance, comme si ce mot désignait une contrée lointaine, réservée à quelques élus. Pour nous, musiciens classiques en formation, la question est pourtant passionnante et mérite d’être retournée : qu’est-ce que la virtuosité, réellement ? Comment est-elle perçue par l’auditoire ? Et surtout, de quoi est-elle faite, dans la chair même de la musique ? C’est avec ces interrogations en tête que nous avons commencé l’élaboration de notre concert, inscrit dans le thème des Virtuosités Collectives.

L’un de nos premiers défis a été de trouver un angle d’approche à la fois évocateur et accessible pour un public divers, ce qui s’est précisément vérifié le soir du concert. Nous avions d’abord envisagé de structurer notre propos autour de l’esprit de la variation, ce procédé qui transforme progressivement un thème simple en profusion d’ornements et d’embellissements. Faute d’avoir trouvé une entrée suffisamment convaincante, nous avons rapidement réorienté notre réflexion.

En revenant à nos questions initiales sur la virtuosité, nous avons voulu en isoler un aspect particulier, moins immédiatement spectaculaire mais fondateur : l’énergie rythmique. Le rythme est universel : il précède la technique, il précède même la compréhension. C’est quelque chose que l’on ressent avant de le nommer, et c’est précisément pour cela qu’il nous semblait le matériau idéal pour réunir une salle aux horizons aussi variés que la nôtre.

Le rythme est le socle sur lequel tout repose : c’est lui qui permet à l’interprète de déployer sa technique en toute liberté, et c’est lui que nous voulions remettre entre les mains du public.

Le titre de notre projet, Rythmique Démocratique, traduit exactement cette idée : le rythme ne serait plus l’apanage du musicien, mais la responsabilité partagée de toute la salle.

Du vocabulaire au cadre : jouer plutôt que travailler

Avant même de penser au répertoire ou à la mise en scène, une décision s’est imposée dans notre façon d’aborder le projet : bannir le mot « travail ». Chaque moment d’apprentissage collectif, chaque proposition faite au public, serait un jeu, et non une tâche à accomplir. Ce choix de vocabulaire, qui peut sembler anodin, s’est révélé structurant. Il a orienté la conception de l’ensemble du dispositif et conditionné l’atmosphère de la soirée. La rigueur, bien sûr, était présente, mais elle s’y invitait par une autre porte, celle du plaisir et de la curiosité.

Ce glissement sémantique nous semble hautement transposable en situation pédagogique : comment faire percevoir à un élève la pratique rigoureuse de son instrument non comme un devoir, mais comme un terrain d’exploration ? Les méthodes de travail revisitées, les jeux de rôle, les défis rythmiques, les mises en situation ludiques, peuvent être de puissants vecteurs d’engagement, sans jamais sacrifier l’exigence.

C’est dans cet esprit que nous avons également pensé la dimension théâtrale du spectacle. Chacun de nos personnages avait un caractère bien affirmé, ce qui structurait nos interactions avec le public et donnait une colonne vertébrale à notre spectacle. Nous avions préparé quelques scènes d’humour, et celles-ci ont été reçues avec une chaleur qui nous a sincèrement surpris. Précisons-le sans ambages : nous ne sommes pas comédiens. Mais cette fraîcheur assumée, cette spontanéité non feinte, a manifestement contribué à créer une énergie collective positive et dynamique. En désacralisant le concert classique, en permettant au rire de s’inviter dans la salle, nous avons ouvert un espace de confiance réciproque sans lequel la participation n’aurait peut-être jamais été aussi pleine et entière.

Il y a là une leçon qui dépasse le cadre du concert : se lancer, même imparfaitement, dans un registre qui n’est pas le sien peut être une force.

La fraîcheur du regard de l’amateur éclairé a sa propre valeur, en classe comme sur scène.

Le répertoire hispanique comme terrain de jeu rythmique

Dès lors que nous avions choisi de faire du rythme notre matière première, il nous fallait des pièces cohérentes entre elles, offrant chacune des possibilités de jeu différentes.

C’est ainsi que le répertoire hispanique s’est naturellement imposé à nous. Sa richesse rythmique, la clarté de ses pulsations et la diversité de ses styles ; du flamenco stylisé d’Albéniz au nuevo tango de Piazzolla, en passant par la danse colorée de Falla ; nous offraient un panel d’expériences complémentaires, tout en garantissant une unité esthétique à l’ensemble de la soirée.

Le concert s’est articulé en trois grandes parties gravitant autour de ce répertoire. Nous ouvrions avec la Danza pour six mains de Manuel de Falla, une œuvre qui nous permettait d’emblée de montrer ce qu’une base rythmique solide peut engendrer comme richesse musicale et technique. Venaient ensuite Asturias d’Isaac Albéniz et le Libertango d’Astor Piazzolla, où nous avons inversé les rôles : c’est l’auditoire qui assurerait la stabilité rythmique, nous libérant pour déployer la virtuosité qu’exigent ces pièces. Pour chacune, nous avons suivi le même protocole : une phase d’exploration et de jeu collectif, durant laquelle les spectateurs découvraient le fonctionnement rythmique de la pièce, suivie d’une phase de restitution où le public, armé de percussions corporelles, portait le socle pendant que nous jouions.

Ce que le public nous a appris

C’est dans ce dispositif qu’une leçon pédagogique s’est imposée à nous avec une clarté inattendue : il n’est pas toujours nécessaire de tout expliquer.

Lors d’Asturias, le public devait frapper dans les mains en coïncidant avec les basses du piano. Bien que ce défi rythmique qui aurait pu sembler ardu à verbaliser, un geste clair, une respiration partagée du pianiste ont suffi à emporter toute la salle, bien plus efficacement qu’un long discours. Faire confiance à l’intuition du public, à sa capacité à ressentir avant même de comprendre, s’est révélé l’un des enseignements les plus précieux de cette expérience, et sans doute l’un des plus transposables en situation pédagogique, face à des élèves que l’on gagnerait parfois à laisser vivre la musique avant de la décortiquer.

Mais la surprise la plus profonde fut d’une autre nature. Nous avions préparé cette soirée avec beaucoup d’énergie à transmettre, et cette énergie, nous l’avons effectivement transmise. Ce que nous n’avions pas anticipé, c’est ce que le public nous rendrait en retour : la qualité de son attention, la spontanéité de ses réactions, la générosité de ses propositions dans les jeux que nous avions imaginés. Il y avait un véritable échange, une circulation de l’énergie dans les deux sens.

Cette expérience nous invite à une réflexion que nous soumettons volontiers aux pédagogues : par souci de bien faire, on peut être tenté de tout porter, de donner sans cesse, de remplir chaque silence. Mais cette générosité, poussée trop loin, peut paradoxalement empêcher de recevoir ce que l’élève a à offrir. L’énergie d’un groupe, ou d’une classe, ne s’impose pas : elle se cultive, et elle se partage. Parfois, prendre moins de place, c’est en laisser davantage à l’autre pour exister pleinement.

Cela nous amène à une réflexion plus large : nous vivons dans un monde de spécialistes, et il est légitime d’en tirer une certaine exigence envers soi-même. Mais cette exigence ne doit pas se muer en paralysie. Nous ne sommes pas acteurs, nous ne sommes pas animateurs, et c’est précisément pour cela que notre présence sur scène, dans ce registre inhabituel, a apporté quelque chose qu’un professionnel du spectacle vivant n’aurait peut-être pas apporté de la même façon.

Nous avons pris un immense plaisir à confectionner ce concert, et a fortiori le partager avec le public.

Ce type de projet redonne tout son sens à l’ambition première de notre métier : transmettre ce que la musique renferme, à des publics aussi divers que possible, et créer les conditions d’une véritable rencontre. Nous espérons avoir l’occasion de redonner Rythmique Démocratique, autour des musiques hispaniques, ou d’un autre répertoire encore à découvrir.

Et si cette expérience peut inspirer d’autres pédagogues à réinventer, eux aussi, la manière dont ils entrent en relation avec leurs élèves, alors elle aura pleinement atteint son but.

Fabio Le Gratiet, Denis Fung et Jérémie Bibler

Etudiants ESMD de Lille

fabiolegratiet@gmail.com

fwkd0207@gmail.com

jeremie@bibler.net

Habiter le monde en musicien

A partir des deux thématiques de la Biennale 2026, voici des notes de lectures entre musique et pédagogie, comme une liste de premières réflexions…

« Comment modifier les mentalités, comment réinventer des pratiques sociales qui redonneraient à l’humanité – si elle l’a jamais eu – le sens des responsabilités, non seulement à l’égard de sa propre survie, mais également de toute vie sur cette planète, celle des espèces animales et végétales, comme celle des espèces incorporelles, telles que la musique, les arts, le cinéma, le rapport au temps, l’amour et la compassion pour autrui, le sentiment de fusion au sein du cosmos ? »1

C’est en 1992, peu de temps avant sa mort que le philosophe Félix Guattari exprime une telle interrogation, encore brûlante d’actualité. Une possible réponse serait-elle à chercher dans le « Tout est musique ! » de John Cage ?

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Journal de la Biennale – Numéro 9

Journal de la Biennale – Numéro 8

Numéro spécial, consacré au bilan de la 2nde édition de la Biennale de piano collectif

Une histoire de la Biennale

L’histoire commence en 2007.

En fait non, on peut la faire débuter bien avant ! Avant la mise en valeur du collectif dans les textes officiels, avant les pédagogies expérimentales des années 70, avant même les leçons des grands maîtres en format « toute la classe est là toute la journée » : on peut repartir de la littérature pour quatre mains, une littérature mineure mais abondante (et il y aura à dire sur ce caractère minoritaire du quatre mains, on en reparle tout de suite). L’histoire commence donc en 1600 avec Fancy, for two to play de Thomas Tomkins, qui serait peut-être bien la plus ancienne partition pour clavier collectif. On pourrait même partir de plus loin tiens : il y a fort à parier que depuis que les instruments à clavier existent, il y a très vite eu rencontre de musiciens sur le même instrument (vous savez, ces fameuses soirées où la succession de solos dépasse vite sa propre limite pour se muer en un partage du clavier, aussi expérimental que bon enfant, avec ou sans partition).

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