Improvisations pour le premier cours

Professeur de piano au conservatoire de Bellegarde-sur-Valserine, Patrick Vo Vang Phuc est formateur au Centre Martenot Kléber de Paris. La pédagogie Martenot, basée sur les mouvements naturels du corps pour améliorer l’expression musicale et la créativité, est à la base de ses ateliers de 1er et 2e cycles, et tout particulièrement dès les premières séances.

Depuis 2004, j’anime au conservatoire de Bellegarde-sur-Valserine des ateliers pour les élèves pianistes des 1er et 2e cycles. Nous y travaillons l’improvisation collective et individuelle, l’harmonisation, le déchiffrage, et des pièces piochées principalement dans le répertoire d’ensembles de harpes, ou des arrangements que j’ai écrits pour quatre pianos. Mes groupes sont composés de quatre et huit élèves et j’ai la très grande chance d’avoir quatre pianos à disposition dans ma classe (toutes les activités proposées ici sont aussi transposables sur deux pianos). Avec ce type de configuration pédagogique, je note une grande émulation, et ces élèves développent une grande qualité d’écoute, une grande imagination musicale, et sont rapidement autonomes.

Voici comment se déroule une séance de découverte du piano :

-chaque élève débutant est assis face à un clavier

-ces élèves vont improviser sur les touches noires

Cette première étape sera l’occasion de découvrir le premier mouvement conducteur de la pédagogie Martenot dans l’enseignement du piano : « le mouvement de glissé alterné ».

La main à plat, les élèves vont jouer les groupes de deux touches noires et se promener sur tout le clavier. L’intérêt de ce mouvement conducteur est de faire sentir aux élèves le jeu avec le corps et le rôle important des épaules. C’est un mouvement calmant, pas de doigts agités, pas de geste inutile. On pense simplement au mouvement des bras, les doigts sont détendus, le son sera doux, la pédale de droite enfoncée pendant toute l’improvisation.

A partir du rythme naturel de chacun

Le deuxième objectif est d’amener les élèves à s’écouter et de sentir une pulsation commune. Pour cela je respecte le rythme naturel des élèves dans un premier temps et lorsque cette écoute est établie, que les élèves jouent chaque groupe en même temps, on s’amuse à changer de pulsation. Chaque élève choisit sa pulsation, qu’il donne aux autres, et doit jouer le rôle de chef pour la maintenir vivante et régulière tout au long de l’improvisation. Ensuite, on refait cette même improvisation sur les groupes de trois touches noires, et on conclut cette étape en mélangeant les groupes de deux et trois touches noires.

Dans l’étape suivante je commence à introduire des notions de rythme. Un élève devient « le gardien du temps » et est chargé de tenir la pulsation constante. Les autres devront, en suivant un signe de ma main, soit jouer un groupe toutes les quatre pulsations (ou toutes les deux pulsations) ou revenir, et jouer la pulsation en même temps que le gardien du temps. Au cours de l’improvisation les élèves doivent me regarder car la consigne change par un code de la main. Ainsi ils apprennent à suivre un chef et, sans leur dire, j’introduis la notion de ronde, de blanche, de noire. Ils apprennent par la même occasion à jouer en comptant et acquièrent très vite la notion de passer rythmiquement du simple au double.

Improvisation mélodique

Après cela, je commence à introduire la notion de nuances et on commence à improviser des mélodies sur les touches noires. Il est aisé d’introduire la notion de nuances en reprenant les exercices précédents : on développe ainsi la notion de toucher.

Quant à l’improvisation mélodique, l’improvisateur pose la main gauche sur do#, ré# et la main droite sur fa#, sol#, la#. Je lui demande, dans un premier temps, de mélanger ces cinq notes au hasard et de jouer sur la pulsation jouée par les trois autres qui se promènent sur les groupes de touches noires. Les « gardiens du temps » doivent jouer légèrement pour toujours entendre l’improvisateur. On peut donner différentes consignes rythmiques aux accompagnateurs. Quand l’improvisateur n’a plus d’idée, il reprend la pulsation et un accompagnateur prend le relais, sans que la musique ne s’arrête.

Dans un deuxième temps, on commence à apprendre à construire une mélodie : jouer le plus possible des notes conjointes, sentir le début et la fin conclusive…

En résumé, lors des improvisations, j’introduis les notions de toucher, de pulsation régulière, de rythme, de nuance, et de conduite d’une mélodie. Cette étape, très riche, permet le jeu collectif et l’écoute dès les premiers contacts avec l’instrument.

C’est aussi l’occasion de rendre toutes les notions de rythme et de pulsation concrètes, introduites par ailleurs par le professeur de formation musicale, et ainsi faire sentir aux élèves l’intérêt du cours de formation musicale.

Patrick Vo Vang Phuc

Professeur au Centre Martenot Kleber de Paris

p.vovangphuc@wanadoo.fr

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